TEFAF : la foire ajournée

Le Figaro, Béatrice de Rochebouët, 11.03.2020 : “Coronavirus: la Tefaf Maastricht ferme en catastrophe après la découverte d’un exposant infecté”

Inaugurée jeudi, ce salon qui réunit 285 marchands internationaux, a annoncé sa fermeture mercredi soir avec quatre jours d’avance sur la date prévue. Un des exposants, originaire d’Italie selon nos informations, a été testé positif.

«Le jour où on a pris conscience de la gravité de la situation liée au Corovanirus, nous étions en train d’installer nos stands à la Tefaf Maastricht! La machine était enclenchée. C’était trop tard pour renoncer», confie un exposant de longue date. Toujours est-il que cette foire, l’une des plus prestigieuses et influentes dans le domaine du marché de l’art ancien et moderne, a décidé de fermer ses portes mercredi à 19 h, sans discussion. Après un comité au sommet, les organisateurs se sont rendus à l’évidence. Le couperet est tombé. Dans l’intérêt de tous!

Un mail a été adressé aux 285 exposants en fin d’après-midi. «En accord avec la ville de Maastricht, il a été décidé de clôturer ce soir, quatre jours avant la fin, malgré l’avis des autorités sanitaires qui n’avaient pas changé d’avis concernant leur accord d’ouvrir la foire, au vu de la situation au Pays-Bas», peut-on lire.

Pas un mot sur la raison exacte de cette fermeture. Mais d’après nos informations, les organisateurs ont été informés de la contamination par le coronavirus d’un exposant italien présent sur le salon du moment de l’installation jusqu’à dimanche. Et pas n’importe lequel: selon nos sources, il s’agirait d’un important marchand disposant d’un stand situé sur les «Champs-Élysées», ces grandes allées les plus chères, les mieux exposées et les plus visités de la foire… C’est après avoir quitté Maastricht qu’il a été testé, que le test s’est révélé positif et qu’il a informé la Tefaf, expliquaient mercredi soir les organisateurs au Figaro.

Le communiqué adressé aux autres exposants ne fait pourtant aucunement mention de ce problème précis. Nanne Dekking, à la tête du board des trustees de la TEFAF a estimé mercredi que «compte tenu des développements récents dans les régions autour de Maastricht et des préoccupations croissantes, nous ne pensons plus qu’il soit approprié de continuer comme prévu». «Nous tenons à remercier nos exposants, visiteurs et collaborateurs pour leur confiance et leur soutien dans cette situation sans précédent. La communauté Tefaf a toujours excellé en apportant le meilleur de l’art au monde à Maastricht, nous sommes fiers d’avoir été témoins du professionnalisme et de l’union de notre famille pendant cette foire et des circonstances sans précédent», a-t-il ajouté.

Et Annemarie Penn te Strake, maire de la ville de Maastricht d’ajouter: «j’appuie et je respecte cette décision. Nous comprenons que les troubles augmentent en raison des circonstances dans les pays d’origine et les régions qui nous entourent. Il est juste que cette préoccupation soit prise en compte. Nous sommes fiers de nos nombreuses années de partenariat avec Tefaf et savons que ce lien fort nous aide également à traverser des moments difficiles». C’est un communiqué policé avec la rigueur et la diplomatie hollandaise à laquelle, les Français, ont dû se familiariser au fil des années…

Que fallait-il faire? La décision est délicate quand on sait que de nombreux salons ont été annulés. Notamment cet après-midi, Drawing Now, salon du dessin contemporain qui devait avoir lieu fin mars au Carreau du Temple, à Paris. Mais d’autres pas encore: le salon du dessin au Palais Brongniart, à la Bourse de Paris, a annoncé, par la voie de son jeune président, Patrick de Bayser qu’il serait maintenu. Mais tout peut changer ce soir, au vu de ce qui se passe à Maastricht.

«Pour Tefaf Maastricht, je n’aurais pas su trouver un meilleur compromis dans une situation sans précédent si j’étais à la place des organisateurs, confie le jeune marchand parisien Oscar Graf, tant décrié à l’ouverture, lorsqu’il avait annoncé, à raison, que de grands musées américains, principaux acheteurs dans cette foire ne viendraient pas, à commencer par le Getty de Los Angeles, le Met de New York, l’Art Institute de Chicago et le Virginia Museum, à Richmond. Et que c’était extrêmement préjudiciable pour cette 33e édition. «Il n’y avait pas pire timing pour cette foire qui se devait d’ouvrir et ferme ce soir par obligation morale. C’est malheureux, en particulier pour ceux qui ne font pas leurs affaires tout de suite. Mais c’est ainsi., ajoute ce dernier..

Tout le monde était pourtant préparé à une ouverture contre toute attente ou une fermeture prématurée. Nombre d’exposants, parmi les plus cash, n’avaient pas caché leurs inquiétudes. L’installation des stands avant l’ouverture le jeudi 5 mars avec le vernissage VIP avait été très anxiogène. Foire ou pas foire, qu’elle ait lieu ou pas, les marchands avaient fermé les écoutilles, pour monter leur stand, avec l’énergie qu’il faut avoir en soi et l’investissement financier qui suit pour le faire…

«On s’attendait au pire et au moment où le salon a ouvert, nombre d’exposants ont bien travaillé. Et ils étaient contents d’y participer, comme pour braver les pronostics les plus noirs», souligne un exposant. «L’annuler, cela aurait été la plus grande douche froide, tout le monde aurait perdu beaucoup d’argent mais aujourd’hui, c’est un devoir d’arrêter tout!», renchérit un autre. Dans une telle situation, personne ne veut plus donner son nom… L’organisation de Maastricht, un organisme puissant et bien rodé selon la rigueur hollandaise, n’a pas cru possible un tel événement. Ou bien n’a pas voulu y croire, compte tenu des enjeux que représente cette foire, la numéro un qui n’a pas d’équivalent dans le moderne et le contemporain, excepté Art Basel.

C’est une leçon à suivre pour les autres évènements et leurs organisateurs qui imaginent pouvoir encore tenir leurs manifestations. L’angoisse monte chez les marchands dont le semestre, avec ces reports en cascade, risque d’être désastreux financièrement. Et pas d’horizon défini pour une reprise.