Succès pour AKAA, la foire d’art africaine qui monte

AKAA Paris

Pour sa troisième édition, la foire d’art contemporain africain, qui s’est tenue au Carreau du temple jusqu’à dimanche, est montée en gamme avec l’arrivée de nouvelles galeries dont les jeunes talents ont tout de suite séduit les acheteurs.

Pour les amateurs en quête de découvertes à des prix abordables, Paris Photo en a frustré plus d’un. Victime de son succès avec un chiffre de fréquentation de 60.000 visiteurs malgré la difficile journée de commémoration du 11 novembre qui a bloqué l’accès au Grand Palais jusqu’à 12 heures dimanche, cette 22e édition rassemblant 199 exposants de plus de 30 pays proposait peu de pièces d’artistes émergents, donc en dessous des 5.000 à 10.000 euros. La barre fatidique au-delà de laquelle il faut commencer à réfléchir…

Fort de ce constat, la petite foire AKAA (Also Known As Africa) qui se tenait pour la troisième année au Carreau du Temple -sous la direction de Victoria Mann appuyée par un comité de sélection comprenant des personnalités comme la galeriste Dominique Fiat!- a tiré son épingle du jeu. Annulé en 2015 au lendemain des attentats, ce salon consacré aux artistes vivant en Afrique ou d’origine africaine avait eu du mal à décoller depuis son lancement en 2016. Contrairement à celui de Londres, 1-54, à Sommerset House, qui a connu, en à peine cinq ans, une montée en flèche, au point de donner naissance à deux petites sœurs: l’une à New York dans Brooklyn, l’autre à Marrakech. Sous la conduite de la dynamique Touria El Glaoui, sa première édition a connu un énorme succès fin février dernier, dans le magnifique écrin de la Mamounia.

Réunissant 46 galeries venant d’Afrique du sud, du Maroc, du Sénégal, de l’ouganda ou de l’Europe, AKAA a gagné en qualité et en lisibilité avec l’arrivée de nouvelles enseignes comme celle grandiose du Bruxellois Didier Claës qui fait dialoguer les masques africains avec les sculptures et les dessins contemporains de Kendell Geers sur un stand noir et or qui brille de tous ses feux. Ou, plus modeste, comme celle de la Parisienne Anne de Villepoix qui a vendu en quelques instants la totalité de ses acryliques et pastels sur papier d’Adjaratou Ouedraogo. L’artiste prometteuse du Burkina Fasso (née en 1981 à Lomé, capitale du Togo) dont la cote naissante commence à moins de 900 euros donne à voir des figures hybrides faussement naïves évoquant son monde douloureux de l’enfance.

Amadou Sanogo mène sa guérilla artistique

«Je viens de ramener ses œuvres dans mes valises et je ne savais pas si ça allait prendre, explique la galeriste, mes collectionneurs se sont précipités. Ils les voulaient en pair. Très vite , il n’y en avait plus à vendre. Mais je vais bientôt exposer ses grandes toiles» ajoute celle qui a fermé sa galerie près de Beaubourg pour ouvrir un bel espace, très haut de plafond, dans une maison conçue par l’architecte Ricciotti, dans le 11e arrondissement de Paris.

Autre coup de cœur des collectionneurs: l’Ivoirienne Joana Choumali avec sa série d’une poésie inouïe, «ça va aller», offrant des photos de sa ville d’Abidjan imprimées sur tissus et rebrodées avec des fils de couleur. De petits formats carrés, elles sont toutes parties très vite à 2500 euros pièce, soit déjà un peu plus cher que lorsqu’elles avaient été montrées l’an dernier à la foire de Marrakech par Loft Art Gallery, une galerie fondée en 2009 à Casablanca (Maroc). Son nouveau travail onirique – des photos plus grandes elles aussi brodées mais recouvertes d’une fine pellicule de mousseline de soie -, a connu le même succès (jusqu’à 8000 euros) .

Un peu plus loin, chez Magnin-A (André Magnin), l’un des pionniers du marché de l’art contemporain africain, les amateurs ont revu avec bonheur les nouvelles toiles monumentales du Malien Amadou Sanogo, 41 ans, qui expriment la quête de l’identité de l’individu au sein de la société africaine (comptez autour de 18 000 à 20.000 euros pour les grands formats). Derrière ses figures parfois sans tête, il faut savoir lire le message de cet artiste qui mène sa propre guérilla artistique, avec humour, face au marasme politique, à la bêtise, à la cupidité et à la banalité des sentiments.

Parmi les redécouvertes, les collectionneurs n’ont pas manqué chez Jean Brolly le fonds d’Adama Kouayté, photographe malien qui a ouvert son premier studio photo en 1949 à Kati près de Bamako, avant de le quitter en 1964 pour s’installer à Ouagadougou au Burkina, puis à Bouaké en Côté d’Ivoire. En 1969, il est revinu au Mali pour se fixer à Ségou, passage obligé vers le pays Dogon. À l’instar de Malick Sidibé ou de Seydou Keita , Adama fait partie de cette génération de photographes maliens qui a su immortaliser des personnages symbolisant l’ambiance de ce pays, juste après l’indépendance. Mais il n’a pas atteint leur succès. D’où les prix encore abordables, autour des 5000 euros.

Entre figures émergentes et artistes déjà établis, il y avait beaucoup d’Afrique à voir à AKAA. Les foires comme celles-ci ont permis de donner une visibilité aux artistes de cet immense continent et de créer un marché relayé par la vente aux enchères qui permet de fixer leurs cotes. Celle de l’étude Piasa aura lieu le 14 novembre. Mais c’est aussi par le développement des centres d’art et des musées – à l’image de celui privé d’Al Maaden, le MACAAL, créé par le fils du promoteur immobilier Alami Lazraq et ouvert en février dernier à Marrakech – que ce domaine pourra gagner en reconnaissance à un niveau international. Prochain rendez -vous avec l’Afrique pour la deuxième édition de 1-54, du 21 au 24 février prochain, à la Mamounia.

Le Figaro, Béatrice de Rochebouët, 12/11/2018: “Succès pour AKAA, la petite foire africaine pendant Paris Photo”

Image : La dernière série «Ca va aller» (2018) de l’Ivoirienne Joana Choumalu à la galerie Loft Art, exposante à AKAA. Photographie imprimée sur toile 24X24 cm. Courtesy de la galerie Loft Art Gallery, via Le Figaro