Peter Beard : décès du photographe à l’âge de 82 ans

Le Monde de la Photo, Sandrine Dippa, 21.04.2020: “Peter Beard : décès du photographe à l’âge de 82 ans”

Peter Beard est décédé à l’âge de 82 ans. Le corps du photographe disparu depuis près de trois semaines a été retrouvé dans le Parc Régional de Montauk, aux États-Unis, dimanche 19 avril.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le 19 avril, les proches de Peter Beard ont annoncé son décès. « C’est avec le cœur brisé que nous confirmons le décès de notre bien-aimé Peter », a notamment indiqué sa famille dans un communiqué avant d’ajouter : « Peter était un pionnier parmi les artistes contemporains, très en avance sur son temps pour alarmer sur les enjeux de la préservation de l’environnement (…) il est mort en pleine nature, là où il aimait vivre. » Le corps, sans vie, du photographe américain a été retrouvé à Montauk, ce week-end, mettant fin à trois semaines de suspens. Depuis le 31 mars, il était porté disparu. Craignant le pire, le 12 avril dernier, via Instagram, sa famille avait d’ailleurs lancé un ultime appel espérant son retour sain et sauf. Le photographe avait 82 ans. À la fois écrivain et documentaliste, l’artiste est indissociable de son travail réalisé en Afrique dès les années 60, au Kenya notamment, axé sur la faune, la flore et les Hommes. Ses images étaient la plupart du temps composées de découpages qu’il recomposait. Il mêlait ses photographies à d’autres matières et matériaux tels que de la boue, des plumes ou encore son propre sang.

Comme nous rappelle la biographie publiée sur son site officiel, le photographe, né en 1938 dans une famille aisée (son arrière-grand-père, James Jerome Hil a participé à la fondation de la Great Northern Railway), s’intéresse très tôt à la photographie grâce à un boîtier offert par sa grand-mère. Pour lui, à ce moment déjà, « prendre des photographies était une façon naturelle de conserver des souvenirs, comme il le faisait dans des journaux intimes méticuleusement conçus ». À cette époque, il a alors une dizaine d’années, il réalise ses premiers journaux intimes dans lesquels le texte se mêle aux images et à tout ce qu’il trouve (plumes, os, cailloux…). À 17 ans, un Voigtlander en poche, accompagné de l’arrière-petit-fils de Charles Darwin et de l’explorateur Quentin George Keynes, il réalise son premier périple en Afrique. Le voyage le mène dans le Zoulouland, en Afrique du Sud, à Madagascar et au Kenya où il réalise des clichés de la biodiversité. Plus tard, à propos de ce premier voyage, et soulignant la détérioration de l’environnement, le photographe engagé écrira : « Quand je suis allé au Kenya pour la première fois en août 1955, je n’aurais jamais pu deviner ce qui allait se passer. La population du Kenya était d’environ cinq millions d’habitants, avec une centaine de tribus dispersées (…) c’était authentique, préservé, regorgeant de gros gibier – si énorme qu’il semblait inépuisable. (…) La belle période est aujourd’hui terminée. Des millions d’années d’évolution ont été détruits en un clin d’œil ».

De la faune et la flore…

Entre 1957 et 1961, Peter Beard étudie à l’histoire de l’art à l’Université de Yale. Dans la foulée, au Danemark, il rencontre Karen Blixen, l’auteure de La ferme africaine (1937) dont est tiré le film Out of Africa. La rencontre est décisive : il s’installe au Hog Ranch à Ngong Hills au Kenya, près de Nairobi, non loin de la plantation de café de l’écrivaine. Sur place, le précurseur de l’écologie documente la vie des animaux sauvages (éléphants, crocodiles…), la flore, les paysages et les peuples. Ce travail, réunit en 1965 dans The End of the Game, met en lumière la disparition progressive de l’éléphant d’Afrique. L’ouvrage sera régulièrement réédité notamment en 2015, à l’occasion des 50 ans de sa première parution (éditions Taschen).

…aux People

Dans les années 70, Beard partage son existence entre l’Afrique et les États-Unis. Au fil des soirées qu’il organise et des vernissages, il rencontre d’autres artistes tels qu’ Andy Warhol (qui le surnommera le ’’Tarzan moderne’’), Truman Capote et le peintre Francis Bacon, avec qui il collabore. Le peintre, impressionné par ses clichés aériens de cimetières de pachydermes expliquera : « Les plus fortes sont celles d’éléphants en décomposition, sur lesquelles les carcasses se transforment progressivement en de grandioses sculptures, qui au-delà de simples formes abstraites portent l’empreinte de la vanité et du tragique de la vie. ». Entre 1975 et 1978, il réalise une série de portraits de Beard teintés de mauve, de vert et de bleu sur un miroir. Au passage, il sert aussi de modèle à Salvador Dali. Ces mêmes années, il est commissionné par les Rolling Stones afin de réaliser les photographies de leur tournée « Exile on Main Street » aux États-Unis et au Canada. En marge, il travaille pour Vogue et fait poser ses mannequins dans la nature. Il découvre notamment, le top modèle d’origine somalienne, Iman, qu’il fera poser pour le magazine de mode, alors qu’elle fait ses études à Nairobi. Mais le photographe ne se détourne pas pour autant de la cause animale. En 1977, il publie The End of the Game : Last Word from Paradise. L’ouvrage fait un triste constat : celui de l’extinction massive de 35 000 éléphants et de 5 000 rhinocéros du Parc de Tsavo à cause de la famine et du stress générés par l’activité humaine. À la fin des seventies, il réalise une exposition majeure intitulée The Last Word from Paradise au Seibu Museum of Art de Tokyo.

Dans les années 90, c’est la consécration. De nombreuses expositions lui sont consacrées à travers le monde. En 1993, le Seibu Museum of Art de Tokyo remet une nouvelle fois son travail à l’honneur avec African Wallpaper, se focalisant sur ses journaux. En 1995, l’éditeur Robert Delpire organise une rétrospective majeure au Centre National de la Photographie, à Paris tandis qu’en 1997, Beyond the End of the World ouvre ses portes au Palazo Reale-Sala delle Cariatidi de Milan. En 1999, Stress and Density se tient au Kunst Haus Wien, à Vienne. En parallèle, ses images entrent dans des collections publiques et privées comme les neuf Polaroids géants qu’il réalise pour la marque d’appareils instantanés. À la fin des années 90, il est aussi le sujet du numéro 67 de la collection Photo Poche.

Dans les années 2000, Peter Beard collabore, entre autres, au Calendrier Pirelli pour l’occasion réalisé entre le désert du Kalahari et le delta de l’Okavango. Les mêmes années, Taschen réédite The End of The Game ainsi que Peter Beard , un ouvrage en deux volumes. Les dernières années de sa vie seront marquées par la réédition de Zara’s Tales (mars 2020), un livre initialement réalisé en 2004 pour sa fille. La parution du livre XXL Peter Beard est attendue pour mai 2020.

 Le site de Peter Beard

Image : Journey into the World of Peter Beard, éditions Taschen.