Fabrice Fourmanoir, l’expert des simulacres de Paul Gauguin en guerre contre les musées

TOUTE LA CULTURE.COM, Loïs Rekiba, 05.08.2020: “Fabrice Fourmanoir, l’expert des simulacres de Paul Gauguin en guerre contre les musées”

Le collectionneur Fabrice Fourmanoir a fait le choix de mener une bataille contre les musées. Le motif ? De nombreuses oeuvres de Gauguin lui seraient faussement attribuées. 

Fabrice Fourmanoir, un trublion muséal 

Le 19 juillet dernier, Fabrice Fourmanoir expliquait à L’Obs que « Des faux Gauguin, il y en a plein ». Cela fait quelques mois maintenant que ce collectionneur amateur pense pouvoir permettre d’apporter caution pour juger de l ‘authenticité de l’oeuvre de Gauguin. Il a, pour preuve, soupçonné très récemment la National Gallery de Washington et le Musée des Beaux-Arts de Boston de donner à voir au public des simulacres de toiles – faussement attitrées au peintre, soit par confusion, soit par escroquerie.

C’est lorsque le Getty Museum de Los Angeles a rendu publique l’acquisition – pour une bagatelle d’entre 3 et 5 millions de dollars – de la « Tête avec cornes », achetée en 2002, que la traque aux faux Gauguin a pu démarrer. Depuis la fin des années quatre-vingt dix, cette sculpture avait en fait effectué le tour du monde entier, passant de mains en mains, et d’expositions en expositions. Sa vente fut extrêmement médiatisée, à tel point que la « Tête avec cornes » se place en haut du palmarès des sculptures les plus onéreuses.

À ce moment-là, Fabrice Fourmanoir authentifie une œuvre de Gauguin pour la première fois de son existence. Il cherche à se mettre en contact avec le directeur du musée Getty, pour l’informer que la statue récemment acquise par son institution est tout sauf du vrai Gauguin. Si Fabrice Fourmanoir est un acteur sans aucune qualité d’expertise reconnue, il est remarquable d’apprendre qu’il a, malgré tout, réussit à convaincre le Getty. Se met alors en place toute une renommée d’expert international, amateur et fin connaisseur de la vie et de l’oeuvre de Gauguin depuis fort longtemps déjà. De ce statut là, Fourmanoir va en jouir et en tirer le meilleur. Commence alors une chasse aux simulacres de Gauguin, malgré les doutes de toute la communauté d’experts déjà institutionnalisée.

Aimer Gauguin, être expert en Gauguin 

Né à Calais, Fabrice Fourmanoir a 63 ans. Sa passion pour le peintre remonte à sa plus tendre jeunesse, depuis qu’il a entendu une histoire que le commissaire-priseur français Maurice Rheims a racontée à son grand-père. Une vieille femme l’avait alpagué dans la rue pour lui montrer un tableau enveloppé dans du papier journal. Et là, surprise, révélation : ce tableau, c’était une nature morte de Gauguin. Maurice Rheims l’a d’ailleurs vendue pour un prix défiant toute concurrence. Dès lors, il se passionne pour la vie et le geste artistique du peintre.

Fourmanoir passe en revue toute la vie et l’oeuvre de Paul Gauguin, jusqu’à s’établir en Haïti –  à l’instar du peintre qui a fait de ce pays une source d’inspiration intarissable. Fabrice Fourmanoir a déclaré au Washington Post : « Un jour, j’ai découvert l’île, que je ne connaissais auparavant que par les peintures de Paul Gauguin et les livres de Melville ». Il s’y installe définitivement, y ouvre une galerie et…épouse trois femmes polynésiennes. En 1992, une vente aux enchères est organisée à Paris. Là-bas, Fourmanoir acquiert des pépites de lettres, de dessins, notes et photographies appartenant à l’artiste. Cette acquisition débouche sur des collaborations avec des chercheurs spécialistes de la vie et de l’oeuvre de Gauguin. Elizabeth C. Childs, une docteure en histoire de l’art, a d’ailleurs cité Fourmanoir dans son ouvrage intitulé  Vanishing Paradise: Art and Exoticism in Colonial Tahiti.

Tout récemment, Fabrice Fourmanoir s’est mis en tête de traquer de fausses oeuvres au sein de plusieurs grands musées. Il s’en prend non seulement aux musées de Boston et de Washington, mais aussi à des œuvres de fin de vie de Gauguin. Il prétend que bon nombre d’entres elles – dont treize peintures exposées dans des musées comme Prague, Jérusalem et Zurich – ne peuvent pas être attribuées à l’artiste.  Simple lubie ou expertise exigeante et documentée ? Attendons voir…

Image : une des deux oeuvres remises en question par Fourmanoir : Paul Gauguin (1848–1903), L’Invocation, 1903,  National Gallery of Art, Washington D.C. Crédit photo: Tulip Hysteria (licensed under CC PDM 1.0)