Contre le Covid-19, l’artiste Yayoi Kusama envoie son message «Peace and Love» au monde entier

Le Figaro, Valérie Duponchelle, 15.04.2020 : “Contre le Covid-19, l’artiste Yayoi Kusama envoie son message «Peace and Love» au monde entier”

Star de la scène contemporaine, recluse mais toujours active, la «Reine des pois» se manifeste par l’art et la poésie très seventies.

«Ma vie, c’est à dire un point au milieu de millions de particules qui sont les pois». Ainsi se définissait en 1975 Yayoi Kusama, sorte de prêtresse multicolore de l’art dont le succès a cru pariculièrement, ces dernières années. En 2012, le Centre Pompidou, après la Tate Modern de Londres et le Museo Reina Sofia de Madrid en 2011, lui ont rendu hommage par des rétrospectives à double lecture, pimpantes de forme et grinçantes sur le fond, spectaculaires et extrêmement populaires.

Alors que le monde se replie, chacun dans sa boîte, pour faire face à l’épidémie, l’artiste de la claustrophobie mais aussi des Infinity Rooms merveilleuses où les lumières se démultiplient à l’infini, répond à sa manière. La reine des pois multicolores envoie à 91 ans un message de paix et d’espérance, un poème et l’image d’un tableau, depuis sa retraite du Japon, via sa galerie londonienne, Victoria Miro, et sa galerie de New York, David Zwirner.

Forte personnalité du New York des années 1960 et du début des années 1970, la jeune Yayoi Kusama a posé nue sur un cheval blac, couchée dans ses œuvres très explicites, a créé des installations incroyables, sortes de fonds sous-marins à forte connotation sexuelle. Le confinement, elle connaît, puisque cette star de la scène contemporaine a souffert d’hallucinations et de névroses, dès l’enfance, s’est désormais retirée au Seiwa Mental Hospital à Tokyo et dit soigner sa maladie mentale par l’art.

Praying For World Peace in the Sunlight, 2016, est typique de ses oeuvres tardives, pois rouges sur fond blanc, plus simples, plus graphiques, presque plus enfantines. Yayoi Kusama a raconté que, lorsqu’elle avait dix ans, prisonnière d’une mère abusive et d’un père adultère et fuyant, elle avait vu, dans de fortes hallucinations, «des flashes de lumière, des auras et des champs denses de pois multicolores».

Le titre de son envoi rappelle aussi les messages mystiques et autres aphorismes philosophiques que sa compatriote et benjamine, Yoko Ono, Mrs John Lennon, 87 ans, poste régulièrement sur son compte Twitter (4,7 millions d’abonnés). «Be creative in your normal day and make yourself proud of yourself», a publié le 14 avril dernier, celle qui est, elle aussi, souvent traitée de «sorcière» (‘‘Soyez créatif dans votre journée habituelle et rendez-vous fier de vous-même’’).

Le voici, avec un titre déjà éloquent:

«Un message de Yayoi Kusama au monde entier»

«Alors qu’une lueur perce tout juste, je continue à prier pour que l’espoir brille complètement / Son éclat éclaire notre chemin / Maintenant nous nous nous trouvons sur la face obscure du monde / Les dieux seront là pour renforcer l’espoir que nous avons répandu à travers l’univers / Pour ceux que nous avons laissés derrière nous, l’histoire de chaque personne et celle de ses êtres aimés / Il est temps de chercher un hymne d’amour pour nos âmes / Au milieu de cette menace historique, un court moment de points lumineux vers le futur / Chantons joyeusement le chant de ce futur splendide / Allons / Portés par un amour profond et les efforts de tous les peuples du monde / Maintenant il est temps de dépasser cette épreuve, d’apporter la paix / Nous nous sommes rassemblés par amour et J’espère satisfaire ce désir / Le temps est venu de combattre et de vaincre le malheur / À ce COVID-19 qui se tient sur notre chemin / Je dis ‘‘Disparais de la Terre’’ / Nous nous battrons / Nous combattrons ce monstre terrible / Maintenant, il est temps pour tous les peuples de la Terre de se redresser / Ma profonde gratitude va à ceux qui sont au coeur de la bataille / Révolutionnaire du monde par l’art, Yayoi Kusama»