“Lu Lefèvre-Utile”, un patrimoine à croquer

LU Leclere

Plus de mille pièces de la célèbre marque nantaise de biscuits (LU) sont mises aux enchères lors de deux ventes à Paris. Issues d’une collection privée, elles seront exposées au public du 13 au 19 septembre à l’hôtel Drouot. La première vente, organisée par la maison Leclere, aura lieu le mercredi 19 septembre, à Drouot.

Le biscuit LU est à croquer et aussi à vendre. Boîtes en fer, tableaux, vaisselle, affiches, croquis, produits dérivés de toute sorte… Plus de 1 000 pièces de la marque nantaise sont réparties en près de 600 lots. Une avalanche d’objets issue de la collection privée d’Olivier Fruneau-Maigret dont la moitié sera mise en vente par la maison Leclere le mercredi 19 septembre à Drouot, avant une seconde date en fin d’année. Un ensemble témoin de l’évolution d’une entreprise familiale créée à la fin du XIXe siècle, devenue aujourd’hui un géant de l’agroalimentaire.

Le règne publicitaire du «Petit-Beurre»

Le «Petit-Beurre»apparaît en couverture du catalogue. Sur fond noir. Avec le slogan «Un petit coin de bonheur, un bon petit goût de beurre». L’éternel biscuit LU et ses bords dentelés. Nature, trempé dans le café, nappé de chocolat, ce rectangle croustillant éveille les souvenirs de l’enfance. Une savoureuse nostalgie ranimée à chaque page du livret de vente. Les boîtes en fer d’abord. Finement décorées par des vues de Nantes et de la région, entourées de décors floraux. Comme cette boîte-coffret illustrant les régates de la Loire (estimation 600- 800 €) ou encore la charge d’un régiment de Spahis dans le désert du Sahara (600-800 €).

Si l’aventure LU est ancrée dans un territoire, elle est aussi et avant tout familiale. Symbole de la genèse de cette épopée et sans doute l’une des œuvres phare de la vente: le premier dessin du «Petit-Beurre» (2000 – 3000 €). Né sous la main de Louis Lefèvre-Utile vers 1887 et toujours commercialisé aujourd’hui. Visionnaire et audacieux, ce fils de pâtissiers Lorrains devient précurseur de la publicité. Initiateur du packaging, marketing et autres anglicismes d’aujourd’hui. Son but? Faire de son biscuit un produit de luxe.

Il s’associe alors à de grands évènements de l’époque comme l’Exposition Universelle de 1900 mais sollicite également l’aide de grands noms de l’art. Parmi eux, les illustrateurs Alfons Mucha et Firmin Bouisset auteur du fameux «Petit-Ecolier» ou encore de la «La jeune fille au Petit-Beurre» (8 000 – 10 000 €). Mais aussi les maisons artisanales renommées comme les Ateliers de Sèvres ou encore des Faïenceries de Sarreguemines.

Véritables affiches publicitaires, Louis Lefèvre-Utile fait réaliser des panonceaux à la gloire de sa marque. C’est d’ailleurs la plus belle pièce de la collection: «Les enfants à la vitrine». Une gouache et encre sur carton réalisée par l’artiste Vincente Bocchino, vers 1904 (25.000 – 30.000 €). Calendrier, boîtes cartonnées, ou en fer pour une estimation inférieure à 100 €, la vente reste cependant très abordable.

Une collection privée débutée à l’âge de 11 ans

Derrière cette collection unique, un éternel enfant. Olivier Fruneau-Maigret. Depuis plus de quinze ans, ce féru du patrimoine LU Lefèvre-Utile a acquis des milliers d’objets, dont la plupart directement auprès de la famille. Olivier Fruneau-Maigret a 11 ans lorsqu’il croise pour la première fois Patrick Lefèvre-Utile, patron du «Petit-Beurre» de 1945 à 1970. Sa tante antiquaire le présente comme «un collectionneur LU en herbe».

Quinze ans plus tard, l’enfant nantais est devenu le plus grand collectionneur et spécialiste du patrimoine de la marque. En 2001, à la disparition de Patrick Lefèvre-Utile, son fils, Louis, s’associe à Olivier Fruneau-Maigret pour réaliser un vaste inventaire du Fonds familial LU Lefèvre-Utile. Une partie rejoint les réserves du Musée d’Histoire de Nantes, de la DRAC et des Archives Départementales de Loire Atlantique.

Olivier Fruneau-Maigret acquiert le reste de la collection familiale. Un héritage qu’il souhaite maintenant léguer. «Je ne suis pas Monsieur LU et je ne veux pas l’être. Je ne m’en débarrasse pas mais je le transmets», explique celui qui a décidé de changer de vie.

Un patrimoine désormais livré à la vente. Les plus curieux pourront observer les pièces lors de l’exposition publique à Drouot, du 13 au 19 septembre. Deux conférences sur l’épopée LU sont d’ailleurs organisées le samedi 15 et dimanche 16 septembre dans le cadre des journées européennes du patrimoine.

Le Figaro.fr, Michaël Naulin, 13.09.2018 : “Le patrimoine croustillant des biscuits LU en vente à Drouot”

Image : Couverture du catalogue de vente. Crédit Leclère – Maison de ventes.