Faux Pollocks en circulation

Faux Pollocks IFAR

Vous souhaitez acquérir une oeuvre sur papier de Jackson Pollock ? Contactez nous. En ce moment circule bon nombre de faux Pollocks sur le marché, comme signalé ce mois-ci par l’IFAR (International Foundation for Art Research).

Si les faussaires s’attaquent souvent à des artistes connus en raison des montants astronomiques pouvant être générés, d’autres misent davantage sur la crédulité de collectionneurs débutants et ne connaissant pas ou peu le marché. Trois faux Jackson Pollock ont ainsi été soumis à IFAR pour authentification en 2014, ainsi qu’un quatrième en 2015. Tous proviendraient de la collection d’un certain “James Brennerman”, un nom totalement inconnu du marché de l’art jusqu’à aujourd’hui.

De nombreux indices devraient mettre la puce à l’oreille à qui souhaite les acquérir. Nonobstant le prix en deçà du marché pour des oeuvres équivalentes, la documentation fournie est “risible”, selon Lisa Duffy-Zeballos et Sharon Flescher, expertes de l’IFAR. De nombreuses lettres manuscrites et photos de Brennerman fournies avec les oeuvres étayent la provenance. A y regarder de plus près, rien ne tient la route. John Brennerman, soi disant allemand exilé aux Etats-Unis n’est enregistré nulle part. Les photos de sa “villa” de Chicago sont en fait des détails pêle-mêles du Château des Sforza (Milan), la Chapelle de la Visitation de la Vierge (Würzburg), la bibliothèque de l’abbaye de Wiblingen (Ulm), et de la Fontaine de Neptune (Madrid).

Stylistiquement, les oeuvres sont des faux grossiers. Scientifiquement, les pigments ne sont pas contemporains de Pollock. Quant aux lettres, elles sont toutes manuscrites et signées par Brennerman. Etrange qu’aucune lettre ne soit à son attention… Leur contenu sert simplement à légitimer l’histoire fournie par les vendeurs. Brennerman aurait ainsi acquis 800 Pollocks à la veuve de l’artiste et aurait sombré petit à petit dans la paranoia. Pour comparaison, le catalogue raisonné de l’oeuvre de Pollock contient 1’100 oeuvres, incluant celles disparues.

Lisa Duffy-Zeballos et Sharon Flescher soulignent dans leur enquête que le(s) faussaire est actif. Preuve en est, les contradictions soulignées dans un de leurs rapports ont une par une été changées sur les oeuvres présentées récemment. Encore plus grave, des oeuvres confirmées fausses, l’une a déjà été revendue à un collectionneur. Aux deux chercheurs de tirer la sonnette d’alarme : James Brennerman n’a jamais existé, et toutes les oeuvres ayant cette provenance sont certainement des faux. A en croire le contenu des lettres, l’affaire ne porterait pas que sur des faux Pollocks. Les lettres portent également mention de Monet, Manet, Twombly, Renoir, Rothko, Hopper et d’autres.

Une enquête passionnante à lire ici.

Image : Un des faux Pollocks identifiés par l’IFAR. Crédit : IFAR