Corot s’expose au musée Marmottan Monet

Corot Musée Marmottan-Monet
Connaissance des Arts, Jérôme Coignard, 07.02.2018 : “Corot sort du bois au musée Marmottan Monet”Admirable paysagiste, Camille Corot fut aussi un grand maître de la figure humaine. À partir du 8 février, le musée Marmottan Monet, à Paris, révèle cet aspect majeur de son œuvre, qui ne craint pas la comparaison avec les plus grands, de Raphaël à Manet et Degas.

Georges Clemenceau faisait un jour cet aveu : « La Joconde et moi nous ne nous sommes jamais compris. Je lui préfère une petite paysanne de Corot qui est au Louvre »… Une figure de Corot comparée au chef-d’œuvre de Léonard ! La Femme à la perle du Louvre, à laquelle fait sans doute allusion Clemenceau, est au cœur de l’exposition du musée Marmottan Monet, « Corot. Le peintre et ses modèles ».

On y verra si besoin que l’étiquette de « paysagiste » ne suffit pas à circonscrire le génie de Corot. Car loin d’être marginale, cette part de son œuvre recèle certains de ses plus beaux accomplissements. Salué dès le début des années 1840 comme le chef de file de l’école française de paysage, Camille Corot (1796-1875) connut de son vivant une gloire internationale avec ses clairières, ses étangs et ses sous-bois embrumés par le flou poétique de la réminiscence. Des peintures que, fidèle à la tradition de Poussin et du paysage classique, il ponctuait de créatures mythologiques. « Si M. Corot consentait à tuer une fois pour toutes les nymphes dont il peuple ses bois, et à les remplacer par des paysannes, je l’aimerais outre mesure », écrivait Zola dans son compte rendu du Salon de 1866. Zola demandait au maître « une nature plus humaine, plus vigoureuse ».

À vrai dire, le bonhomme Corot, artiste sincère s’il en fut, avait bien essayé de faire descendre sur terre ses « virgiliennes nymphes des bois » et d’introduire des créatures de chair et de sang dans son pays des rêves. Mais lorsqu’en 1861, il exposa au Salon la Bacchante au tambourin (Le Repos), somptueux nu arbitrairement posé dans un paysage, la critique bourgeoise lui reprocha la propreté douteuse de la femme. Un reproche qui ne tarderait pas à être fait à l’Olympia de Manet…

L’exposition “Corot. Le peintre et ses modèles” est à découvrir au Musée Marmottan-Monet jusqu’au 8 juillet 2018.
Jean-Baptiste Camille Corot, Bacchante à la panthère, vers 1855-1860, huile sur toile, 54, 6 x 95, 3 cm, Shelburne (Vermont), Shelburne Museum © Shelburne Museum.