Autocensure pour Abdessemed au MAC Lyon

Abdessemed Lyon

Connaissance des Arts, Luciana Richard, 16.03.2018 : “Face à la polémique, l’artiste Adel Abdessemed et le MAC Lyon décident de retirer l’œuvre « Printemps »”

Après avoir mis le feu aux réseaux sociaux, Adel Abdessemed s’autocensure et supprime de sa nouvelle exposition au musée d’Art contemporain de Lyon sa vidéo intitulée « Printemps » sur laquelle des poulets semblent brûler vifs.

À peine quelques jours après l’ouverture de l’exposition « Adel Abdessemed, l’Antidote » au MAC Lyon, l’installation Printemps, présentée parmi une quarantaine d’œuvres de l’artiste, créait la polémique sur les réseaux sociaux. Conçue en 2013 et déjà exposée, l’œuvre met en scène une vidéo dans laquelle apparaissent des poulets alignés sur un mur, suspendus par les pattes arrière, et qui semblent brûler vifs. L’effet dramatique de cette vidéo présentée sur trois murs est accentué par un loop, c’est-à-dire une mise en boucle qui donne l’impression que le châtiment est sans fin, mais également par une bande-son angoissante qui fait résonner dans une pièce sombre les cris de volatiles affolés.

L’éprouvant réalisme de ce film a suscité l’indignation de nombreux visiteurs au point qu’hier, mercredi 14 mars, le musée a annoncé le retrait de l’œuvre, en commun accord avec l’artiste, « compte tenu du procès parfaitement injuste qui est instruit contre Adel Abdessemed alors que l’artiste est profondément engagé dans la défense de l’animal ».

Pourtant, l’œuvre ne représente pas réellement des poulets à l’agonie. Il s’agit d’une mise en scène créée par Adel Abdessemed grâce à un produit souvent utilisé au cinéma qui donne l’illusion d’un feu ou d’un incendie. L’artiste a d’ailleurs déjà utilisé ce produit sur lui-même pour son œuvre Je suis innocent (2012) dans laquelle il semble se laisser dévorer par les flammes. Réalisée sous le contrôle strict de techniciens spécialisés, la vidéo Printemps n’a occasionné aucune souffrance aux volatiles qui n’ont, en définitive, été exposés aux flammes que durant trois secondes.

La réaction du public et des médias n’a pas été celle attendue par l’artiste qui voulait choquer par une « mise en scène de la violence du monde » afin de dénoncer le traitement infligé aux animaux ainsi que ses instigateurs. Selon Adel Abdessemed, le but de l’œuvre a été mal compris par le public, dont on sait qu’il est toujours très sensible à ces thématiques et à leur appropriation par les artistes. Le MAC Lyon et l’artiste espèrent que le retrait de l’installation mettra fin à la polémique afin que l’art puisse redevenir le véritable objet de l’exposition.

Adel Abdessemed la vidéo “Printemps” est retirée du Musée d’art contemporain de Lyon sous la pression des associations de défense des animaux  © France 3 / Culturebox / Capture d’écran